Les Archers de Sire Contet

Archerie, animations et reconstitutions médiévales en Lorraine
 
AccueilPortailGalerieFAQRechercherS'enregistrerMembresConnexion

Partagez | 
 

 L'OÜRS MEDIEVAL

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Invité
Invité



MessageSujet: L'OÜRS MEDIEVAL   Sam 6 Juin 2009 - 4:27

Comment et pourquoi l'ours, célébré
dès l'époque paléolithique, totem des
civilisations celtes, scandinaves, amérindiennes, décliné
dans tous les termes en indo-européen, projeté en
terme de constellation dans les cieux, fut déchu et remplacé
par le lion?





Je vous apporte ces réponses
dans une synthèse de documents, dont je cite les références,
non pas dans le développement même du texte, pour ne pas
l'apesantir, mais à la fin.







  1. L'ours dans la préhistoire.





Des découvertes récentes,
telle la grotte de Chauvet en Ardèche(1994), avec ses
peintures d'ours, d'environ 32000ans, la « salle du
crâne » avec un crâne d'ours placé sur
un piton rocheux, entouré d'une douzaine d'autres crânes,
fait penser à un culte de l'ours, un rite dédié
à cet animal, par les hommes de Cro-Magnon ou de Néandertal.

Nous pouvons citer aussi la sépulture
conjointe d'un homme et d'un ours dans la grotte du Régourdou,
la statue d'argile de la grotte de Montespan découverte par
Norbert Casteret, représente un ours de 1,1m de long et percé
de coups de sagaie. Cet objet remonte à 22000ans et permet
aussi de penser qu'il existait des pratiques rituelles liées
au culte de l'ours.




Dautant que la station verticale de
l'ours, son statut de plantigrade aussi, à une perception
anthropomorphique de l'ours: L'ours serait un double animal de
l'homme, peut-être même , comme chez les lapons, l'ours
est-il un ancêtre de l'homme, intermédiaire entre les
hommes et les dieux. Son hibernation(apparentée à la
mort) et sa renaissance, lui confère des pouvoirs surnaturels.
Il peut franchir de manière réversible la frontière
entre la mort et la vie, entre l'homme et l'animal.


2.L'ours dans l'antiquité.

Pour cette période nous avons
tous les élements de culture orale, écrite, artisanale,
pour assoir la réalité du culte de l'ours, voir sa
déification dans de très nombreux peuples.




Dans cet inventaire de la relation
entre l'homme et l'ours, citons la mythologie grecque autour de la
déesse Artémis, qui changea le fils de sa servante en
ours, qui fut envoyé dans les cieux en constellation par Zeus,
pour l'épargner(la Grande Ours et la petite).




Les peuples du nord, eux, revendiquent
leur ascendance de l'ours lui-même. En Scandinavie il enlève
les jeunes filles et engendrent avec elles de guerriers fondateurs
des dynasties dont les rois de Norvège et du Danemark se
revendiqueront.




Le combat contre un ours dans tous les
peuples celtes et germaniques correspond à un rite
initiatique. Tacite ne parle pas de ce rituel dans son oeuvre
consacrée aux peuples germains, achevé au 1er siècle,
mais l'historien Ammien Marcellin sénateur romain en 380
raconte comment chez les Goths les jeunes gens doivent affronter et
vaincre un ours pour devenir adultes(lire la légende du
Skioldus en l'an mille dans une Scandinavie paienne).




Et cette tradition initiatique du
combat contre un ours s'est répendue dans l'histoire pour
valoriser des personnages, de héros légendaires aussi.
Au moyen âge il ne s'agit plus que d'un rituel obligé et
désormais christianisé: citons en vrac tant les
Godefroi de Bouillon, qui n'est pas le plus ancien, mais constitue
une modélisation chrétienne du culte de l'ours. Le dit
Godefroi n'a sûrement jamais combattu cet ours, mais ce récit
lui permis d'être le chef de la croisade. Puis Roland, Tristan,
Lancelot, Yvain et le roi Arthur lui-même. Tous cherchent à
s'investir de la force de l'ours pour s'imposer comme chef.




Mais la culture celte, scandinave,
lapone, européenne est beaucoup plus paienne.. Dans les
pratiques cultuelles, les guerriers vainqueurs boivent le sang de
l'ours et mange sa chaire, repas rituel d'essence totémique
qui contribuait à donner au guerrier la force du fauve. Une
ancienne version du Landnamabok ou « livre de la
coloniation de l'Islande » raconte comment Old se
transforma en être indomptable après avoir mangé
la chaire de sa proie ursine.




Ainsi, chez les scandinaves, se crée
une troupe de guerriers, les « Berserkir ». Une
troupe, soldats d'Odin, décrite par le grand écrivain
islandais Snorri Sturluson en 1220: « Ils partent nus au
combat, sans armure ni cuirasse, simplement revêtus d'une
chemise d'ours, en ragés comme des fauves, mordant leur
bouclier etc... ».




3.La colonisation chrétienne
médiévale.





Naturellement quand le christianisme a
commencé la colonisation de l'Europe, il ne pouvait toléré
cette culture paienne dans laquelle l'ours était l'ennemi du
Christ.

Il fallu donc abattre l'animal au sens
propre et au sens symbolique.




L'abattage physique s'est conclu avec
le premier allié du pouvoir papal: Charlemagne, dans sa
conversion des pays germaniques au christianisme , organisa des
battues et des destructions massives de l'ours.

Dès l'époque
carolingienne, les prélats de Germanie interdirent la
consommation de viande d'ours.

Tous les esprits chrétiens
étaient appelés à soutenir ces interdictions.
Ainsi la grande abesse Hildegarde de Bigen, dont les préoccupations
étaient morales, mystiques, médicales, n'hésite
pas à écrire: » C'est une viande impure qui
échauffe les sens, conduit au péché et peut
entraîner la mort »




Quant à l'abattage symbolique,
il faut reconnaître que ce fut un échec. L'ours,
comprennez moi, bénéficie d'une tradition orale et
culturelle énorme, millénaire. Et le christianisme ne
peut le vaincre au nom du Christ.




Prenons donc l'héraldique
médiévale qui certes est apparue trop tardivement pour
que l'ours y tienne la place qu'il aurait encore occupé plus
largement sous Charlemagne, selon l'onomastique carolengienne. Mais
il représente encore 3% des meubles honnorables des armoiries
et figurer dans les cimiers,écus et supports.

Il y a trois villes en Europe au nom
ursin: Berlin, Bern, Madride. Mais d'autres dont l'emblème est
l'ours comme en Italie « Pistoia », qui prit
l'emblème de l'ours propre à Florence pour remercier
l'armée florentine de l'avoir préservée du siège
établi par l'archevêque Giovanni Visconti.




N'oublions pas la famille « Orsini »
et le nom corse de « Orsu » toujours usité
en composition(Orsu- Paulo, etc...), tant il est vrai que la Corse
est un peuple qui mélange ses origines aux celtes.




4 Le pouvoir de l'oralité.




Celui-ci même qui nous a permis,
par transcription orale, de nous livrer notre culture paienne,
enfouie dans ce que l'on nomme « l'inconscient
collectif », celui-ci même qui nous livre, après
multes variations culturelles, un conte comme « boucles
d'or » avec les ours . Car enfin, quand l'église
chrétienne, tanta de censurer notre savoir et nos traditions
culturelles et cultuelles paganistes, les contes ont continué
à véhiculer ce savoir ancestral, sous forme de contes
et légendes pour enfants.




Mais la science linguistique accable la
censure en révélant partout nos origines sémantiques.


Il existe un terme indo-européen
pour désigner l'ours et qui a survécu 7 millénaires
« rksas » de l'Europe jusqu'en Inde.

Puis ce nom a été taboué
(c'est-à -dire contourné pour définir l'animal
par son apparence ou ces attitudes). Ainsi on l'a appelé « le
brun » c'est l'origine des formes germaniques: bar, bear,
beer, et jusqu'en Grèce le nom de Baros. Puis dans d'autres
troncs linguistiques postérieurs, il fut identifié en
langue slave comme « mangeur de miel », ou en
langue latine « ursus » par référence
à se lécher certaine parties du corps.

En Allemagne et scandinavie,
innombrables sont les noms autour des racines
Ber,bern,bero,bera,born,beorn, per,pern,björn etc...




Je me suis permis ces précisions,
parce que l'un des combats du christianisme et de son oeuvre
colonisatrice en Europe, fut de vouloir rebatiser les convertis.
Essayer d'éliminer les preuves linguistiques de cette culture
ursine.

Les ecclésiastiques ne purent
que latiniser des mots « qui évoquent la guerre, la
violence et ces animaux féroces »:

Ainsi nous trouvons tous les référents
à l'ours: Adalbero, Ansperu, Asbornus, Bernadus, Bernhelmis,
Gebernus, Osbernus etc...

Mais tous ces noms se maintiendront,
qui évoquent notre culte ursin, et même pour de très
grands personnages au service de l'Eglise comme l'archevêque de
Reims, Adalbéron(988), sans parler du célèbre
saint Bernard(1091-1153) -Bern ard signifie en germain « ours
fort »-







5 La substitution de l'ours.




Le christianisme n'aime pas cet animal
qui appartient à l'archaique patrimoine paien. Il n'aura de
cesse de le bannir et de le dévaloriser.

Rien n'y fait pour imposer la religion
chrétienne face à notre culture paganiste, qui même
se réactive au XIII siècle. Il faut remplacer la fête
de l'ours du 2 février par la Chandeleur mais surtout trouver
un substitut à l'ours, qui séduirait le peuple, et qui
n'aurait aucune tradition orale dans notre culture européenne:
le lion.




Dans la foulée de l'exotisme et
des voyages lointains, les christianisme choisit de substituer le
lion à l'ours. Et pour assurer la prédominance du lion
sur l'ours, il faut ridiculiser, avilir celui-ci avec tous les
moyens du bord. Le lion pourra alors représenter la force,
s'imposer comme roi des animaux, sans faire ombrage au pouvoir papal.




Ainsi, l'église chrétienne
qui excommuniait les bateleurs et autres « jongleurs »,
va favoriser les montreurs d'ours, pour que le peuple puisse voir la
décadence d'un mythe paien, asservi aux plaisirs de la
foule.L'ours sera désormais la bête docile et soumise
comme Saint Amand le dressa(à porter la charge des boeufs
qu'il avait dévorés). Les clercs feront petit à
petit de l'ours une bête « ordinaire »,
expulsée des symboles héraldiques, tenu à la
chaîne, dépourvu de toute prestance.

On diabolise l'ours en lui prétant
des péchers capitaux, on le crétinise dans les fables,
on le représente dans toute l'hagiographie comme un imbécile.








  1. Conclusion.





Que voulez-vous que je vous dise? Elle
est claire la conclusion. L'ours, grâce á la puissance
de notre inconscient collectif(vous savez, les 90% du code génétique
non exprimé, notre savoir paléolithique(?)), a une
place essentielle dans la sociabilisation des enfants. C'est la star
de la sociabilisation des enfants.




Dites le moi encore et encore....je
suis un ours mal léché....













Les références de cette
synthèse:




Michel Pastoureau in « L'ours,
histoire d'un roi déchu »

David Christian in « autour
de la légende médiévale de la famille Orsini »

Jean Dominique Lajoux in « l'homme
et l'ours »

Le moyen âge en lumière.com

commune.pistoia.it

Elisabeth Klein in « un ours
bien léché: le thème de l'ours chez Hildegarde
de Bingen.

Magazine de l'espace européen de
la recherche novembre 2008

theatrum-belli.com

paysdelours.com

editions.guepard.free.fr

Christine Ferlampin -Acher

Sandrine Boulmier .Thèse.
L'ours, un socialisateur à travers les âges de
l'humanité.
Revenir en haut Aller en bas
christine

avatar

Nombre de messages : 189
Date d'inscription : 20/02/2009

MessageSujet: Re: L'OÜRS MEDIEVAL   Sam 6 Juin 2009 - 7:24


Merci Mr L'Ours mal Léché ....
Wink Untrés beau résumé , instructif et bien écrit ... study j'ai pris plaisir a le lire .
La Christianisation a voulut bien des changements , commis bien des idioties et des drames ...mais la "mémoire collective" est plus forte ...
J'ai eu l'occasion de visiter des grottes en Dordogne , les reproductions de l'Ours y sont splendides pour l'époque ...
Et en Pyrénnées , il me semble ? , cette tradition ou les hommes se costument en Ours pour le temps d'une journée de féte et de convivialité . Cette tradition revient en force ...aprés avoir bien failli disparaitre ?
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Invité
Invité



MessageSujet: Re: L'OÜRS MEDIEVAL   Dim 7 Juin 2009 - 21:42

Oui oui, dans les pyrénées, en Italie aussi, il y a chaque année plusieurs fêtes de l'ours. Mais dans les pays nordiques, la sibérie, beaucoup plus encore.

A Pistoia la fête de l'ours est au mois de juillet et en mars il y a un tournoi international d'archers.
Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: L'OÜRS MEDIEVAL   

Revenir en haut Aller en bas
 
L'OÜRS MEDIEVAL
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Les Archers de Sire Contet :: Scriptorium :: Etudes-
Sauter vers: